Tocqueville L'ancien Régime Et La Révolution

Tocqueville L'ancien Régime Et La Révolution


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En ouverture de ce billet, l'honnêteté me pousse tout d'abord à adresser de chaleureux remerciements à Jean-Michel Blanquer : sans la réforme du lycée, qui a inscrit Tocqueville au programme de cette nouveauté qu'est la Spécialité Histoire-Sciences Po, il est en effet probable que je ne me serais pas intéressé d'aussi près à cet écrivain passionnant. Mes remerciements à M. Blanquer s'arrêtent là, j'en ai bien peur. On me dira que pour un ministre de l'Education Nationale, le bilan n'est déjà pas si négatif.Alors que de la démocratie en Amérique est considéré comme un ouvrage fondateur de la science politique, Tocqueville fait ici oeuvre d'historien. Il va cependant à rebours des méthodes historiques de son siècle, lesquelles s'orientent alors vers l'obsession méticuleuse de la chronologie et les récit insipides de batailles glorieuses ou de vies des hommes illustres. Sous la plume de Tocqueville, l'histoire est une discipline qui voit large : elle brasse les décennies avec une haute ambition intellectuelle et dédaigne le marécage événementiel, dans une approche pré-braudélienne absolument fascinante. L'auteur ne s'intéresse qu'aux tendances de fond, arpentant la société française tout au long du XVIIIème siècle afin d'y découvrir les éléments qui permettent d'éclairer et de comprendre l'explosion révolutionnaire de 1789. Sans tomber dans le piège du déterminisme, son propos est de souligner à quel point la Révolution se présente comme la conséquence logique et la continuation cohérente, sous d'autres formes, d'évolutions esquissées longtemps auparavant. Dispensée dans une langue qui constitue un enchantement littéraire, son analyse est bien connue mais n'en reste pas moins brillante, tout en étant largement fondatrice de l'historiographie moderne de la Révolution.Pour résumer très schématiquement sa thèse, disons que le XVIIIème siècle voit la conjonction d'une triple évolution : la noblesse renonce définitivement à son utilité sociale tout en s'accrochant à des privilèges qui la transforment en une caste de rentiers ; dans le même temps, la monarchie profite de cette situation pour étendre un pouvoir centralisé, déjà moderne, souvent arbitraire et visant à l'absolu ; prises dans la tenaille de ces dynamiques contraires, les vieilles structures qui donnaient tant bien que mal une voix au Tiers-État s'étiolent, tombent peu à peu en déshérence et laissent finalement le peuple sans autre moyen que la violence pour exprimer son désir de liberté et son rejet croissant de l'inégalité.Tocqueville ne cache rien de ses opinions dans le cours de son ouvrage : il est féroce avec la noblesse, dont il est pourtant issu, et se montre profondément admiratif de 1789 et de ses espérances, tout en gardant une sincère affection pour Louis XVI. Il ne dissimule pas non plus son effroi pour 1793, règne du chaos qui, selon lui, précipite la France vers un pouvoir absolu dont même Louis XIV n'aurait jamais osé rêver. Il ne faut pas s'y tromper, ni l'idéaliser : Tocqueville est un libéral, et il n'a rien d'un socialiste (si je me souviens bien, il approuva d'ailleurs en juin 1848 la répression contre les ouvriers parisiens qui s'opposaient à la fermeture des Ateliers Nationaux).Sa démonstration vient ici enrichir certains éléments qu'il avait développés dans de la démocratie en Amérique, concernant la tyrannie de la majorité ou le risque du despotisme démocratique. C'est sur ce plan que son ouvrage s'échappe du strict cadre historique pour se transformer en un essai de sciences politiques. Sa réflexion sur la liberté politique reste en la matière une référence difficilement dépassable. Et par sa façon méthodique de prendre du recul et de dégager des invariants, il me semble que Tocqueville recherche ouvertement cette dimension prospective : pour lui, l'histoire de la Révolution doit servir à anticiper l'avenir.De fait, tout au long du livre, le lecteur ne peut que s'interroger sur l'étonnante actualité de cet ouvrage vieux de près de deux siècles. Cela n'aurait évidemment guère de sens de transposer ce texte tel quel à la France de 2020. Inutile d'affubler Macron d'une perruque à la Louis XVI, ou de ressortir l'histoire de Marie-Antoinette et de ses brioches quand Brigitte s'inquiète de ce que les grèves pourraient perturber la livraison du sapin de Noël de l'Elysée.Néanmoins, lorsque Tocqueville écrit ceci (p292-293 de l'édition Folio) :« Louis XVI, pendant tout le cours de son règne, ne fit que parler de réformes à faire. Il y a peu d'institutions dont il n'ait fait prévoir la ruine prochaine, avant que la Révolution ne vînt les ruiner toutes en effet. […]Parmi les réformes qu'il avait faites lui-même, quelques-unes changèrent brusquement et sans préparations suffisantes des habitudes anciennes et respectées et violentèrent parfois des droits acquis. Elles préparèrent ainsi la Révolution bien moins encore en abattant ce qui lui faisait obstacle qu'en montrant au peuple comment on pouvait s'y prendre pour la faire. »Est-ce vraiment forcer le trait et l'interprétation, lorsqu'on lit cela (ou les autres citations que j'ai pu ajouter), que de trouver entre cette époque et la nôtre une étrange concordance de temps ?Tocqueville nous brosse le portrait d'une société fondée sur l'injustice : une société dans laquelle l'impôt, ayant pour objet « non d'atteindre les plus capables de le payer mais les plus incapables de s'en défendre », épargne le riche mais charge le pauvre ; une société en crise, incapable de se réformer dans l'équité, car dominée par une caste de privilégiés ou de parvenus ; une société dans laquelle ceux qui subissent l'inégalité ne la supportent plus et où les élites manquent à ce point de lucidité qu'elles en deviennent sourdes et aveugles à tout ce qui n'est pas leur intérêt immédiat. Voilà au final le sentiment que j'en retire, inquiet et attristé : plus que jamais, ce texte reste d'ici et de maintenant.

L'Ancien Régime et la Révolution selon Tocqueville | 1000

Tocqueville montre que les idées et les sentiments de la société française, loin de surgir de la Révolution, étaient en réalité déjà présentes et sont même à l'origine de cet évènement. Loin de faire table rase du passé, la Révolution reconduit ou recompose un grand nombre de lois et d'habitudes de l'Ancien Régime.[/has_googlemeta5][has_googlemeta6]. Alexis de Tocqueville, L'ancien régime et la révolution (1856) 4 Alexis de Tocqueville L'ancien régime et la révolution (1856) Paris : Les Éditions Gallimard, 1952, collection : idées nrf, 378 pp. Texte préparé par Jean-Marie Tremblay, sociologue, 04 janvier 2018: 08:58 . Comment l'Ancien Régime invente l'Etat Central (Livre II - Chapitres 2 à 7) La centralisation administrative est une création de l'Ancien Régime et non de la Révolution ou de l'Empire. Le Conseil du Roi, corps administratif près du trône, et le Roi lui-même ont fini par concentrer tout le pouvoir exécutif, législatif et

L'Ancien régime et la Révolution - Babelio

J'avais lu l'Ancien régime et la révolution dans les années 70, alors que je faisais une licence de sociologie à côté de mes études de sciences économiques. J'en avais gardé un excellent souvenir, mais les détails s'étaient estompés. C'est un grand livre, qui permet de réfléchir à l'évolution de plus en plus bureaucratique et illibérale de notre pays. Avec la prolifération d. L'Ancien Régime et la Révolution ne sont pas imperméables. Alexis de Tocqueville affirme dans L'Ancien Régime et la Révolution que la Révolution française n'a en réalité fondé un nouvel ordre social qu'en faisant parvenir à maturité ce que les temps antérieurs avaient préparé.. L'ancien régime et la Révolution d'Alexis de Tocqueville est d'une modernité étonnante. En plongeant dans son analyse sociologique du temps précédent la Révolution, j 'ai eu par moment l'impression d'une description contemporaine. . Alexis de Tocqueville L'Ancien Régime et la Révolution (1856) * * * Table des matières. Introduction AVANT-PROPOS . LIVRE PREMIER. LIVRE DEUXIÈME. CHAPITRE I Pourquoi les droits féodaux étaient devenus plus odieux au peuple en France que partout ailleurs CHAPITRE II Que la centralisation administrative est une institution de l'ancien régime, et non pas l'œuvre de la Révolution ni de

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