La Déshumanisation - Si C'est Un Homme

La Déshumanisation - Si C'est Un Homme


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APPENDICE Je n'ai pardonné à aucun des coupables, écrit-il, et jamais, ni maintenant ni dans l'avenir, je ne leur pardonnerai, à moins qu'il ne s'agisse de quelqu'un qui ait prouvé qu'il est aujourd'hui conscient des fautes et des erreurs du fascisme, et qu'il est résolu à les condamner et à les extirper de sa propre conscience et de celle des autres. Dans ce cas-là, alors, oui, bien que non chrétien, je suis prêt à pardonner, à suivre le précepte juif et chrétien qui engage à pardonner à son ennemi; mais un ennemi qui se repent n'est plus un ennemi. Certes, il n'est pas facile d'échapper à tous les conditionnements, mais du moins peut-on choisir le conditionnement que l'on préfère. On a invente au cours des siècles des morts plus cruelles, mais aucune n'a jamais été aussi lourde de haine et de mépris. Chacun sait que l'œuvre d'extermination atteignit une ampleur considérable. Bien qu'ils fussent engagés dans une guerre très dure, et qui plus est devenue défensive, les nazis y déployèrent une hâte inexplicable : les convois des victimes à envoyer aux chambres à gaz ou à évacuer des Lager proches du front, avaient la priorité sur les trains militaires. Si l'extermination ne fut pas portée à terme, c'est seulement parce que l'Allemagne fut vaincue, mais le testament politique dicté par Hitler quelques heures avant son suicide, à quelques mètres de distance des russes, s'achevait sur ces mots : "avant tout, j'ordonne au gouvernement et au peuple allemand de continuer à appliquer strictement les lois raciales, et de combattre inexorablement l'empoisonneuse de toutes les nations, la juiverie internationale." […] On ne peut pas, me semble-t-il, expliquer un phénomène historique en en attribuant toute la responsabilité à un seul individu (ceux qui ont exécuté des ordres contre nature ne sont pas innocents!) […] Peut-être que ce qui s'est passé ne peut pas être compris, et même ne doit pas être compris, dans la mesure où comprendre, c'est presque justifier. En effet, " comprendre " la décision ou la conduite de quelqu'un, cela veut dire (et c'est aussi le sens étymologique du mot) les mettre en soi, mettre en soi celui qui en est responsable, se mettre à sa place, s'identifier à lui. Eh bien, aucun homme normal ne pourra jamais s'identifier à Hitler, à Himmler, à Goebbels, à Eichmann, à tant d'autres encore. […] Dans la haine nazie, il n'y a rien de rationnel : c'est une haine qui n'est pas en nous, qui est étrangère à l'homme, c'est un fruit vénéneux issu de la funeste souche du fascisme, et qui est en même temps au-dehors et au-delà du fascisme même. Nous ne pouvons pas la comprendre; mais nous pouvons et nous devons comprendre d'où elle est issue, et nous tenir sur nos gardes. Si la comprendre est impossible, la connaître est nécessaire, parce que ce qui est arrivé peut recommencer, les consciences peuvent à nouveau être déviées et obscurcies: les nôtres aussi. C'est pourquoi nous avons tous le devoir de méditer sur ce qui s'est produit. Tous nous devons savoir, ou nous souvenir, que lorsqu'i1s parlaient en public, Hitler et Mussolini étaient crus, applaudis, admirés, adorés comme des dieux. C'étaient des " chefs charismatiques ", ils possédaient un mystérieux pouvoir de séduction qui ne devait rien à la crédibilité ou à la justesse des propos qu'ils tenaient mais qui venait de la façon suggestive dont ils les tenaient, à leur éloquence, à leur faconde d'histrions, peut-être innée, peut-être patiemment étudiée et mise au point. Les idées qu'ils proclamaient n'étaient pas toujours les mêmes et étaient en général aberrantes, stupides ou cruelles ; et pourtant ils furent acclamés et suivis jusqu'à leur mort par des milliers de fidèles. Il faut rappeler que ces fidèles, et parmi eux les exécuteurs zélés d'ordres inhumains, n'étaient pas des bourreaux-nés, ce n'étaient pas - sauf rares exceptions - des monstres, c'étaient des hommes quelconques. Les monstres existent, mais ils sont trop peu nombreux pour être vraiment dangereux; ceux qui sont plus dangereux, ce sont les hommes ordinaires, les fonctionnaires prêts à croire et à obéir sans discuter, comme Eichmann, comme Höss, le commandant d'Auschwitz, comme Stangl, le commandant de Treblinka, comme, vingt ans après, les militaires français qui tuèrent en Algérie, et comme, trente ans après, les militaires américains qui tuèrent au Viêt-nam. Il faut donc nous méfier de ceux qui cherchent à nous convaincre par d'autres voies que par la raison, autrement dit des chefs charismatiques : nous devons bien peser notre décision avant de déléguer à quelqu'un d'autre le pouvoir de juger et de vouloir à notre place. Puisqu'il est difficile de distinguer les vrais prophètes des faux, méfions-nous de tous les prophètes ; il vaut mieux renoncer aux vérités révélées, même si elles nous transportent par leur simplicité et par leur éclat, même si nous les trouvons commodes parce qu'on les a gratis. Il vaut mieux se contenter d'autres vérités plus modestes et moins enthousiasmantes, de celles que l'on conquiert laborieusement, progressivement et sans brûler les étapes, par l'étude, la discussion et le raisonnement, et qui peuvent être vérifiées et démontrées. Bien entendu, cette recette est trop simple pour pouvoir s'appliquer à tous les cas : il se peut qu'un nouveau fascisme, avec son cortège d'intolérance, d'abus et de servitude, naisse hors de notre pays et y soit importé, peut-être subrepticement et camouflé sous d'autres noms ; ou qu'il se déchaîne de l'intérieur avec une violence capable de renverser toutes les barrières. Alors, les conseils de sagesse ne servent plus, et il faut trouver la force de résister : en cela aussi, le souvenir de ce qui s'est passé au coeur de l'Europe, il n'y a pas si longtemps, peut être une aide et un avertissement.

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Analyse du livre de Primo Levi : "Si c'est un homme". - Si

Si c'est un homme, Primo Levi Fiche de lecture. Contexte. En 1943, Primo Levi rejoint la résistance italienne avec quelques camarades, mais le groupe est infiltré et se fait arrêter par la milice fasciste. Pour ne pas être fusillé, Primo Levi déclare sa condition de juif : il est alors placé dans un camp d'internement près de Modène, puis déporté en février 1944 à Auschwitz[/has_googlemeta5][has_googlemeta6]. « Si c'est un homme » est un roman autobiographique de Primo Levi écrit entre 1945 et 1947. Paru en 1947, le livre comporte 186 pages et 17 chapitres dans sa version originale. Dans la préface, l'auteur explicite son projet : raconter son expérience de prisonnier dans le camp de Monowitz (Auschwitz III), à l'âge de 24 ans, entre . Si c'est un homme (Se questo è un uomo) est un récit autobiographique de Primo Levi, relatant son expérience de survivant du camp de concentration d' Auschwitz. Les Alliés lui ayant commandé un rapport technique sur le fonctionnement du camp, Primo Levi s'en servira comme base pour son récit, ce travail venant enrichir les nombreuses notes qu'il avait rédigées au camp.

Primo Lévi : Si c'est un homme : La descente du train

Si c'est un homme est une autobiographie écrite par Primo Levi en 1947. Le chimiste et écrivain italien y raconte son expérience de la déportation. Notre extrait se situe peu après l'arrivée des déportés à Auschwitz. Plan Pour répondre à cette question, nous étudierons, dans une première partie, le récit de cette expérience inhumaine qui aboutit sur un constat d'échec. Ce. Si c'est un homme, Primo Levi Si c'est un homme est un récit autobiographique. Comme Primo Levi le précise dans sa préface écrite en Janvier 1947, tous les faits qu'il raconte sont réels. Il fut prisonnier par la milice fasciste et dans le camp de Monowitz car il était un Résistant. D'ailleurs, cet auteur […]. PRIMO LEVI : SI C'EST UN HOMME : LA DESCENTE DU TRAIN (COMMENTAIRE COMPOSE) Introduction: Si c'est un homme a été écrit par Primo Lévi en 1947. Cet auteur juif italien et résistant a vécu l'enfer des camps de concentration pendant la seconde guerre mondiale. A sa sortie, en tant que rare survivant du camp d'Auschwitz, il a ressenti le besoin d'écrire dans un but précis : témoigner. Ce . Nous voulons ici faire une lecture du livre de Primo Levi qui par sa présentation d'une déconstruction systématique de ce qui constitue l'homme, nous permet de comprendre ce qui fait l'humanité de l'homme. La lecture du livre de Primo Lévi Si c'est un homme est à même de nous apporter des éléments fondamentaux pour comprendre

Analyse de si c'est un homme, roman de primo levi - 1967

Si c'est un homme, Primo Levi L'auteur : Primo Levi, né le 31 juillet 1919 à Turin et mort le 11 avril 1987 à Turin, est un écrivain italien ainsi que l'un des plus célèbres survivants de la Shoah. Juif italien de naissance, chimiste de formation (il est docteur en chimie), de profession et de vocation, il devint écrivain afin de montrer, transmettre et expliciter son expérience. QUELQUES INFOS SUR PRIMO LEVI ET « SI C'EST UN HOMME » 1 BIOGRAPHIE : Primo LEVI (1919-1987) Nationalité: italien. Origine sociale: bourgeoisie turinoise d'origine juive, très intégrée à la culture italienne. Culture: pas conscience de sa judéité comme d'une différence essentielle.Pour lui un juif c'est « quelqu'un de circoncis, qui ne fête pas Noël et ne mange pas de. Cet article propose une analyse et des pistes de réflexion sur un extrait du "Chant d'Ulysse" de ((Se questo è un uomo)). Ces considérations n'ont pas pour objectif de fournir un commentaire strict du texte mais se proposent de guider le lecteur. Une illustration originale de Nicolas Brachet accompagne cet article. Dans ce chapitre, Primo Levi voyage.